A la toute fin du 19eme siècle apparaissent des orchestres de rue dans le quartier de la Nouvelle Orléans nommé Storyville ou était concentré et autorisé la prostitution, l'alcool et le jeu. Ces "brass bands" ou fanfares de rue étaient exclusivement composés de musiciens noirs. Elles se produisaient lors de défilés, d'enterrements ou d'événements en extérieur comme des bals ou réunions publiques.
Les influences africaines des instrumentistes noirs de ces orchestres les incitaient à intégrer de nombreuses syncopes aux marches, quadrilles et autres danses d'origine françaises jouées à l'époque dans cette ville. Ces orchestres ambulants étaient composés d'instruments transportables : trompette, trombone, clarinette, banjo ou guitare, tuba en guise de contrebasse, washboard ou tambours en guise de percussions. Certaines de ces formations que l'on nommait "spasm bands" étaient formées d'enfants jouant des instruments bricolés à partir d'objets recyclés du type tuyaux de gaz, tonneaux, bouilloires ou encore boîtes à cigares.
Charles « Buddy » Bolden (1877 – 1931) est considéré comme étant à l’origine du premier groupe de jazz de l'histoire. C’est en 1895 qu’il fonde son orchestre en mélangeant les styles de l’époque. A partir d'un répertoire de valses, mazurkas, ragtimes, blues rural, negro spirituals et musiques de défilés de rue, Bolden va rapidement créer un nouveau genre de musique en partie improvisé. A ce moment, dans les années 1900 - 1910, cette nouvelle musique ne porte pas encore officiellement le nom de jazz.
Le pianiste et chanteur Jelly Roll Morton fait lui aussi ses début de musicien à Storyville avant de partir pour d'autres destinations. Un autre très grand musicien issu de ce quartier, le trompettiste, chanteur, compositeur et chef d'orchestre Louis Armstrong va marquer l'histoire du jazz avec sa voix si particulière et par le fait qu'il contribue largement à l'éclosion du rythme propre au jazz :
le swing.
En 1917 le gouvernement fait fermer le quartier de Storyville, ce qui à pour conséquence de faire émigrer les musiciens désormais au chômage vers Chicago. C'est entre autre avec l'argent des gangsters dépensé dans les cabarets de cette ville que le style "New orleans" s'épanouira véritablement et élargira sa notoriété.
Du blues surgit le boogie woogie et parallèlement les musiciens empruntent et transfigurent de plus en plus les thèmes de la chanson populaire de Broadway et d'ailleurs.
C'est à cette même époque qu'un certain George Gershwin (1898 - 1937) se fait connaître du grand public. Ce pianiste de formation, compose de nombreuses œuvres à la frontière entre la musique classique et le jazz, formant une synthèse géniale de ces genres musicaux. Cette démarche de "fusion" musicale à ce point aboutie est quasi unique dans l'histoire de la musique. Les mélodies originales de Gershwin intègreront rapidement le répertoire des musiciens de jazz pour devenir des standards de jazz. Parmi ses compositions qui marqueront le jazz et la musique classique, nous pouvons citer la Rhapsody in Blue, Un Américain à Paris, les variations sur « I Got Rhythm », Porgy and Bess (comprenant la célèbre mélodie "Summertime") et son Concerto pour piano et orchestre.