La substitution tritonique

Toute grille de jazz n'est qu'une sorte de "proposition de base" avec la mélodie écrite et des harmonies qui sont issues d'une interprétation plus ou moins standard. Chaque musicien a la possibilité de ré-harmoniser le morceau et pour cela d'utiliser entre autre les accords de substitution.

Il existe divers types d'accords de substitution permettant de varier ses harmonies ou son accompagnement dans le jazz. L'accord de substitution tritonique est l'un des plus utilisé. Cette appellation apparemment complexe désigne en réalité un principe relativement simple.

Qu'est ce que la substitution tritonique ?

Avant tout, il faut préciser que la substitution tritonique concerne les accords de septième. Ils peuvent être à 2, 3 ou 4 sons, enrichis ou non de la neuvième et de la treizième.

La fonction d'un accord dit de "substitution" est (comme son nom l'indique) de remplacer une harmonie initialement prévue.

Le terme "triton" signifiant trois tons, on peut traduire l'expression substitution tritonique par remplacement par un accord de septième se trouvant éloigné de trois tons. En d'autres termes, la fondamentale de l'accord de substitution sera située à un intervalle de trois tons de l'accord d'origine.

Pour info, l'intervalle de trois tons (six demi-tons) est l’exact milieu d'une gamme majeure comportant douze demi-tons. Que l'on cherche le triton vers l'aigu ou vers le grave, on trouvera la même note.

Exemple :

Prenons un accord de C7 (9,13) à quatre sons sans fondamentale C7 9 13 sans fondamentale
L'accord se situant exactement à trois tons du C7 est le Gb7 (9,13) Gb7 sans fondamentale

On peut alors constater que l'accord de Gb7 (9,13) est aussi un accord C7 (9,13) altéré. Si l'on ne joue pas la fondamentale, l'accord de substitution Gb7 peut être considéré comme un C7alt.

Règle :

La règle de la substitution tritonique nous indique deux choses:

  • Il est possible de remplacer un accord de septième par l'accord de septième qui se trouve à un intervalle de trois tons. Cela revient à altérer l'accord de septième initial.
  • Il est donc possible d'altérer un accord de septième pour varier l'harmonie

Quand utiliser la substitution tritonique ?

Lorsqu'un accord de septième (non altéré) est indiqué sur une grille ou une partition il est possible dans de nombreux cas d'utiliser la substitution tritonique, autrement dit de l'altérer.

Ce principe de substitution est beaucoup utilisé en jazz dans le contexte d'un II V I. Que le II V I soit majeur ou mineur, cette suite harmonique permet à l'accord de septième (le V) de subir ce "relooking" harmonique. Il ne faut cependant pas en abuser car cela peut devenir lassant d'un point de vue musical.

De façon générale on peut utiliser la substitution tritonique lorsqu'un accord de septième va vers un accord du 1er degré : V -> I.

Que l'accord du 1er degré soit majeur ou mineur, il peut être précédé par un accord de septième altéré (donc par un accord qui à "subi" une substitution tritonique).

Attention cependant à tenir compte du contexte musical. Lors de l'accompagnement d'une mélodie il faut absolument que l'accord substitué (ou altéré) corresponde musicalement aux notes du chant. Un accord altéré peut "frotter" harmoniquement avec la mélodie, et le rendu sonore peut être mauvais.

Exemple de substitution à éviter :

Imaginons qu'une ligne mélodique soit composée de ces trois notes successives : , Sib, La.

Cette ligne mélodique est accompagnée par l'accord C7, 9, 13 C7 9 13 sans fondamentale
Utilisons la substitution tritonique de cet accord c'est à dire Gb7, 9, 13 Gb7 sans fondamentale

Lorsque l'on jouera le puis le La de la mélodie en même temps que ce nouvel accord altéré (Gb7, 9, 13), il y aura des frottements harmoniques disharmonieux.
Le de la mélodie sonnera faux avec le Mib de l'accord. De même, le La de la mélodie sonnera lui aussi faux avec le Lab de l'accord.

Pour que la substitution tritonique fonctionne musicalement il est nécessaire que les notes du chant ne rentrent pas en dissonance avec les notes de l'accord altéré (fondamentale comprise) : Solb, Do, Lab, Sib, Mib. En l'occurrence ça n'est pas le cas, la substitution tritonique est donc à éviter dans ce contexte.

Exemple de substitution possible :

Sur la base du même accord c'est à dire toujours C7, 9, 13 prenons maintenant un exemple avec une ligne mélodique composée de ces trois autres notes : Sib, Do, Mi.

Utilisons à nouveau la substitution tritonique de cet accord : Gb7, 9, 13. Nous constatons que toutes des notes du chant Sib, Do ou Mi sonnent parfaitement avec ce nouvel accord. Dans cette situation la substitution tritonique est donc tout à fait possible.

Pour l'improvisation :

De même, lors d'une improvisation il sera nécessaire de choisir le mode correspondant à l'accord de septième choisi.

Lorsqu'on utilise l'accord C7, il faut improviser autour du le mode mixolydien de Do (issu de la gamme majeure) = Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Sib, Do.

Mais lorsqu'on utilise la substitution tritonique du C7 (9, 13) c'est à dire le Gb7 (9,13), il est nécessaire d'utiliser Le mode altéré de Do (issu de la gamme mineure mélodique) = Do, Réb, Mib, Fab (Mi), Solb, Lab, Sib, Do.

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