Le fonctionnement du Groupe de jazz

groupe de jazz
Groupe de Jazz à Paris
Les jazzmen utilisent des codes pour pouvoir communiquer tout en jouant la musique. Ces codes sont de deux sortes : musicaux et gestuels. La communication au sein d'un groupe de jazz s'intègre dans une logique de structure musicale universelle. Dans le cadre d'un standard de jazz et de la plupart des morceaux la grille sert de repère aux musiciens.

Les codes du groupe de jazz

Lorsque qu'un groupe de jazz interprète une chanson ou un standard, le thème est d'abord exposé (parfois deux fois) par un des instrumentistes du groupe (accompagné bien évidemment par les autres musiciens du groupe). Au sein de l'orchestre de jazz, c'est très souvent à l'instrument concertant que revient le rôle de jouer le thème du morceau en premier. Dans le cadre d'un trio clavier, basse, batterie, le thème est souvent exposé au clavier. Lors d'un quartet avec saxophoniste, ce dernier joue souvent le thème. Evidement dans un quintet avec chanteuse, c'est à cette dernière que revient quasiment toujours la responsabilité de chanter la mélodie.

Une fois le thème principal du morceau joué, les improvisations (ou chorus) des membres du groupe peuvent commencer en respectant la suite harmonique de la grille. Tous les musiciens sont alors à l'écoute les uns des autres pour déterminer qui prendra le premier chorus. Ca n'est en effet pas toujours l'instrumentiste qui expose le thème qui prend le premier chorus.

Dans le cadre d'un quartet jazz, le premier musicien à improviser est souvent le "soufflant" au saxophone, à la trompette, au bugle ou bien la chanteuse elle même lorsqu'elle "scat" (lorsqu'elle improvise). Cependant cela peut être le pianiste ou le contrebassiste. Dans un groupe jazz il est rare que le chorus soit confiée au batteur en premier lieu.

Dans la situation où le groupe à un leader, ce dernier peut à la fin de l'exposé du thème désigner du regard celui qui devra improviser, en quelque sorte celui à qui il passe le relais. De façon générale, tout musicien à la possibilité d'indiquer musicalement ou gestuellement qu'il souhaite chorusser.

Le changement de musicien improvisateur se fait toujours à la reprise d'une nouvelle grille. Quelques exceptions à cette règle :

  • lors d'une ballade après les chorus instrumentaux, la chanteuse reprend souvent le thème au "B" de la grille.
  • lors d'alternances instrumentales type "quatre - quatre" ou "deux - deux" entre musiciens du groupe.
  • Dans le cadre d'une animation musicale, le soliste du groupe jazz événementiel joue parfois uniquement le thème sans chorusser.

En résumé, la structure de la grille est un cadre qui, justement parce qu'il est structuré et solide, permet une grande liberté d'expression lorsque les règles musicales, harmoniques et rythmiques sont respectées.

groupe de jazz
Groupe de jazz

La grille harmonique

La grille est une suite de petites cases dans lesquelles sont inscrits les accords chiffrés, autrement dit les harmonies correspondantes à la mélodie. Chaque case représentant une mesure, en général quatre par ligne, il y en a donc autant que de mesures pour le thème concerné. Pour le musicien d'un groupe de jazz, la grille est une synthèse facile à lire de la structure harmonique d'un morceau.

La grille est une sorte de "canevas" ou autrement dit de schéma général servant pour tous les musiciens d'un groupe à savoir quelle succession d'harmonies, quel(s) rythme(s), quel tempo et quelle structure ils doivent suivre.

Lorsqu'avec la grille, la mélodie est écrite (comme dans les partitions de tout "Real book") toutes les indications sont présentes pour que le morceau puisse être déchiffré et joué. Cela ne remplacera néanmoins jamais une écoute attentive du morceau en question interprété par des musiciens de références. Le jazz se transmet en effet principalement "oralement".

Le système de la grille est très pratique pour que les musiciens s'occupant de l'accompagnement harmonique au sein des orchestres de jazz puissent connaitre les différents accords à jouer. Cette forme de partition peut permettre à un pianiste ou à un guitariste, ou tout membre du groupe jazz, d'accompagner instantanément un thème de jazz même si il ne le connait pas.

Par extension et facilité de langage on appelle aussi souvent grilles les partitions du type "Real book". Les accords ne sont plus présentés dans des cases mais au dessus de chaque mesure du thème qu'ils harmonisent. Ces accords chiffrés sont situés au dessus de la mélodie écrite en toutes notes, en notation solfégique classique.

Avec la grille du blues de 12 mesures, la structure de standard de jazz la plus courante est celle composée de 32 mesures de type AABA. Chaque "A" ou "B" forment une carrure de huit mesures.
Le premier A expose une mélodie et son harmonisation, autrement dit une mélodie et ses accords. qui sera répétée la plupart du temps à l'identique dans le deuxième A. Le B est le pont, qui très souvent est dans une autre tonalité, puis le dernier A reprend simplement le thème et la structure du 1er A.

Communication musicale et improvisation

Il est souvent demandé comment les musiciens de groupe de jazz peuvent communiquer entre eux pendant une improvisation musicale. La réponse première est : l'écoute mutuelle. Lorsque la grammaire musicale est bien maîtrisée par les musiciens, la symbolique d'une conversation à plusieurs est appropriée, pour parler de ce qu'il se passe au sein d'un groupe de jazz. Le regard est aussi souvent utilisé lorsqu'on termine une improvisation pour désigner ou proposer à un musicien de prendre le relais.

En musique, le terme phrase musicale est couramment employé, il est en effet révélateur de la réalité.
Lorsqu'un musicien improvise, on peut considérer qu'il parle. Si ses collègues parlent en même temps pour exposer des idées différentes, cela risque de brouiller l'information, de créer une cacophonie. C'est pour cela que les autres musiciens doivent avoir à ce moment le rôle d'accompagnateur autrement dit former la section rythmique du groupe jazz. Si le pianiste fait parti de cette section, il pourra néanmoins "prendre la parole" lorsque l'autre soliste terminera son chorus.

La symbolique de la phrase est aussi intéressante pour signifier qu'un musicien peut "parler trop" dans la forme et n'avoir pas assez de "fond", d'idées intéressantes. Cela se traduit par trop de notes qui n'ont pas suffisamment de sens musical, ou qui manquent d'inspiration. Un musicien débutant ou maitrisant mal son sujet, peut chercher à "remplir" son improvisation de beaucoup de notes mais avec peu d'idées musicales. Cela revient à parler pour ne rien dire.

L'improvisation jazz

Dans un groupe de jazz, une improvisation peut se comparer à une conversation à plusieurs personnes. Le sujet de la conversation (la grille jazz) est défini, éventuellement décidé par avance, mais les phrases utilisées pour développer les idées de ceux qui participent au débat ne sont pas prévues mot à mot, phrase par phrase.

C'est exactement le même principe dans une démarche d'improvisation musicale au sein d'un groupe de jazz. Nous savons quel sujet sera abordé (la suite harmonique de la grille), nous avons nos propres façons de nous exprimer (le style, le phrasé, le choix des notes en fonction des harmonies) mais chaque note, chaque phrase musicale n'est pas "récitée" ou précisément structurée à l'avance.

Les tutoriels